Grandeur et limites du sociofinancement

February 11, 2017

 

L’idée n’est pas nouvelle: demander un petit montant d’argent à un grand nombre de personnes pour matérialiser un projet. Mais les moyens, eux, le sont?! À l’ère du Web 2.0, pareil appel à la générosité passe par une plateforme Internet et déborde largement l’entourage immédiat. Le sociofinancement?–crowdfunding comme disent les Français ou encore financement participatif–?permet d’amasser des sommes parfois impressionnantes pour les projets les plus divers en échange de petits avantages offerts aux contributeurs. Avec la multiplication des sites comme La Ruche, Haricot, Kickstarter, Indiegogo et autres, la formule connaît un essor sans précédent. Le président-directeur général d’Entrepreneuriat Laval, Yves Plourde, s’intéresse à cette forme de financement pour l’émergence de projets et le développement de compétences entrepreneuriales à l’Université Laval. Contact l’a interviewé.

 

Le sociofinancement est-il une avenue intéressante pour qui veut démarrer une entreprise ou réaliser un projet?


Oui, pour deux raisons. Le futur entrepreneur peut recueillir des fonds, tout en validant la pertinence de son produit. Vous pouvez faire une brillante étude de marché et présumer que votre produit correspond à la clientèle ciblée, cela reste théorique. La meilleure façon de le vérifier, c’est d’avoir déjà des clients, des per-sonnes qui acceptent de mettre de l’argent dans votre projet avant même sa sortie. Et ça, le sociofinancement le permet!

 

Il existe plusieurs plateformes Internet de financement collectif. Vous y annoncez votre projet d’entreprise, déterminez un objectif de financement et offrez, si votre entreprise réussit à prendre son envol, de petits avantages à vos contributeurs –par exemple un remerciement personnalisé, un service ou encore un échantillon gratuit. Que vous atteigniez ou non l’objectif fixé au départ, vous aurez une «étude de marché» qui vous aura peu coûté.


Même en cas d’échec, on est gagnant alors?


En tout cas, si vous n’avez pas atteint votre objectif, vous aurez au moins acquis une expérience intéressante en franchissant les différentes étapes du processus: vous aurez mis en place un outil de communication, une stratégie de commercialisation, vous saurez si votre offre correspond à la clientèle ciblée et vous verrez mieux ce qui constitue un projet vendeur par rapport à un autre qui ne l’est pas. Cela vous permettra d’améliorer le produit ou le service offert.

 

Quel genre d’entreprise ou quel type de projet peuvent le mieux profiter du sociofinancement?


Recueillir de l’argent auprès du public constitue une solution intéressante surtout pour les projets difficiles à financer par les banques. En fait, on trouve de tout sur les sites qui s’y consacrent, notamment beaucoup de projets en art (littérature, musique, cinéma…) et en nouvelles technologies. Les exploits sportifs ne sont pas en reste, comme celui de Mylène Paquette qui a amassé 27?000$ par la plateforme Fundo sur les 45?000$ qu’elle demandait pour sa traversée à rame de l’Atlantique. Certains l’utilisent aussi pour permettre à une microcompagnie d’acheter de l’équipement. Je pense à cette petite entreprise familiale d’apiculture urbaine –Filion & filles, de Québec– qui a obtenu un peu plus de 7000$ sur un objectif de 5300$ avec le site La Ruche pour, justement, ajouter des ruches aux trois qu’elle possédait déjà dans la cour arrière de la maison. Mais ce ne sont pas tous les projets, loin de là, qui atteignent leur objectif.

 

Pourrait-on dire qu’il s’agit d’une forme de microcrédit?


Tant que les montants en jeu demeurent minimes, oui. Mais ce n’est évidemment plus le cas lorsque des entrepreneurs réussissent à lever des millions de dollars, comme on voit sur la plateforme américaine Kickstarter. D’ailleurs, aux États-Unis, le sociofinancement est en voie de devenir une solution de rechange aux institutions financières. Les Américains ont légiféré sur la prise de capital-actions par ce canal et sont en train d’instaurer des balises, de sorte qu’il soit possible pour une entreprise d’émettre des actions ou d’effectuer des prêts avec intérêt par appel sur le Web. On parle alors de socio-investissement. 

 

Au Québec, on est loin de là?


Ce n’est pas encore permis chez nous, mais cela va venir, assurément. Et de toute façon, la plateforme Kickstarter est déjà accessible aux Canadiens. Pour l’instant, le phénomène n’est pas dérangeant pour les banques d’ici, mais s’il le devient, ces institutions vont certainement réagir. C’est clair qu’une législation devra être mise en place. D’ailleurs, l’Autorité des marchés financiers suit la situation de près. C’est un beau phénomène à observer.

 

Pour avoir accès à la suite de cet article c'est sur Contact, de l'Université Laval ICI 

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